Chapitre 1 : le meurtre
Tout est calme à l’étage de la maison familiale de Lennoxville, à Sherbrooke. Trop calme, peut-être. D’un pas hésitant, Donna Wrathmall entre dans la chambre de sa sœur, Rachelle. Il y règne un étrange désordre. Il n’y a pas de couverture sur le lit. Dans un coin, des cintres s’empilent sur le vieux plancher de bois peint en rouge.
Quelque chose, par terre, accroche le regard de Donna : un rectangle de papier blanc, qui se détache sur le parquet rouge. Elle se penche pour le retourner. C’est une photo de Rachelle et de son mari, Raphiou Sow. Leur relation est tumultueuse, pour ne pas dire toxique. Donna ferait n’importe quoi pour que sa sœur rompe une fois pour toutes avec cet homme manipulateur, colérique et jaloux. Maladivement jaloux.
Et puis, Donna remarque le sang, à peine visible, qui s’est infiltré entre les planches du vieux parquet. C’est peut-être Jake, le labrador adoré de Rachelle, qui s’est blessé en jouant dans le bois entourant la maison, se dit-elle.
PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, COLLABORATION SPÉCIALE
Donna Wrathmall, devant la maison où sa sœur Rachelle a été tuée en 2007, dans l’arrondissement de Lennoxville, à Sherbrooke
Donna se demande où peut bien être Rachelle. Pas à la maison, en tout cas : la Jeep Liberty de sa sœur n’est pas dans l’entrée. Elle a peur, mais ne comprend pas vraiment pourquoi. Pas encore.
Plus jeunes, les sœurs Wrathmall ont souvent été en froid. Mais depuis la mort de leur mère, elles se sont rapprochées. En fait, elles n’ont jamais été aussi soudées. Rachelle appelle Donna tous les matins. Pour parler de tout et de rien. Pour lui souhaiter une bonne journée.
Hier, pourtant, Rachelle n’a pas téléphoné. Donna a trouvé ça bizarre. Dans l’après-midi, elle a composé le numéro de cellulaire de sa sœur ; elle est tombée sur la boîte vocale.
Ce matin, Donna a commencé à s’inquiéter pour vrai. Elle s’est dit qu’elle passerait à la maison de son enfance, après le travail, pour s’assurer que tout allait bien. Rachelle y habite avec leur père malade. À son arrivée, vers 16 h, Donna a trouvé son père couché dans une annexe de la maison, au rez-de-chaussée. Il y passe désormais le plus clair de son temps. Donna l’a questionné : il n’a aucune idée d’où se trouve Rachelle. Il n’a rien vu, rien entendu. Il faut dire qu’il ne monte jamais à l’étage.
Donna, elle, est montée.
Et voilà qu’en sortant de la chambre de sa sœur, son cœur se serre. Elle se dirige vers la porte fermée de l’autre chambre, qui sert de débarras. Elle l’ouvre brusquement. La pièce est remplie d’objets entreposés pêle-mêle. Donna pousse le futon qui bloque son chemin et aperçoit, par terre, un tas de couvertures. Elle comprend tout de suite. « Je savais à ce moment-là. Je savais. J’ai soulevé une couverture et j’ai vu son visage », raconte-t-elle. Le visage de Rachelle. Morte.
« Je savais que c’était lui. »
Donna pousse un cri et déboule l’escalier en panique. Elle réclame le cellulaire de son père, mais ne lui dit rien de plus. Pas besoin. Il a compris, lui aussi. Sous le choc, il répète : « Oh, non… oh, non… » Donna compose le 911, puis le numéro de Lamine Barry, son conjoint à l’époque, en voyage à Philadelphie avec leur petit garçon. Elle hurle dans le combiné : « Rachelle est morte ! » Lamine fige sur place. « Mon esprit est allé directement vers Raphiou, se rappelle-t-il. Directement. »
PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE
Lamine Barry, ex-conjoint de Donna Wrathmall
C’était le 29 juin 2007. Depuis ce jour funeste, il n’y a aucun doute dans l’esprit de Donna, de Lamine et des autres proches de Rachelle Wrathmall : la Sherbrookoise de 31 ans a été poignardée à mort par son mari, Raphiou Sow.
Dix-neuf ans plus tard, la police en est tout aussi persuadée. « Si ce...
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